Publish on : 30/09/2026
Categories : Manufactures et designers
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Aux origines : la manufacture Johnston
Avant de porter le nom de Vieillard, la manufacture de Bacalan appartient à David Johnston, un notable d'origine irlandaise implanté à Bordeaux. Figure marquante de la vie locale, il occupe les fonctions de maire de Bordeaux de 1838 à 1842. C'est sous son impulsion que la faïencerie de Bacalan se développe et pose les bases de ce qui deviendra, quelques décennies plus tard, l'une des manufactures les plus réputées de France.
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Le succès de la manufacture Johnston doit beaucoup à la collaboration avec Pierre-Honoré Boudon de Saint-Amans, véritable pionnier en France dans la maîtrise des techniques anglaises de fabrication de la faïence fine. Fin connaisseur de la production britannique, il contribue à faire de Bacalan un atelier à la pointe des procédés de fabrication de son temps. En 1840, Jules Vieillard, technicien déjà reconnu dans le milieu de la céramique, est recruté par la manufacture. Il est d'abord chargé de diriger la fabrication et la commercialisation des articles, avant de voir ses responsabilités s'élargir rapidement à la gestion administrative et financière de l'entreprise. Cette montée en compétences progressive va s'avérer décisive : en 1845, Jules Vieillard rachète la manufacture à David Johnston et en prend officiellement la direction.
L'essor de la manufacture Vieillard
La manufacture Vieillard est aujourd'hui reconnue comme l'une des manufactures d'excellence les plus célèbres du XIXe siècle. Bien qu'elle n'ait produit que pendant environ un demi-siècle, elle s'est distinguée par la qualité constante de sa production et par des décors novateurs, aussi bien dans leur esthétique que dans leur technique. Dès les années 1850, le savoir-faire de la maison ne passe pas inaperçu : jusqu'au directeur de la Manufacture royale de Sèvres, Alexandre Brongniart, salue la qualité de ses productions. Les honneurs suivent naturellement : médaille d'or à l'Exposition philomathique en 1854, médaille de première classe l'année suivante à l'Exposition universelle de Paris, puis nouvelle récompense à l’Exposition de 1878.
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Toujours marquée par l'influence anglaise, la production Vieillard se caractérise par sa grande variété : assiettes historiées, assiettes à rébus, sujets humoristiques comme les célèbres assiettes aux petits marmitons, ou encore le service bien connu « Le Monde renversé ». Cette série s'inspire de l'ouvrage de Grandville, Scènes de la vie privée et publique des animaux, et met en scène des animaux humanisés dans des activités du quotidien, avec un ton à la fois drôle et satirique très apprécié du public bourgeois de l'époque.
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La manufacture connaît un souffle nouveau avec l'arrivée d'Amédée de Caranza comme directeur artistique, peu avant l'Exposition universelle de 1878 — véritable triomphe du japonisme en Europe. Caranza apporte une créativité singulière, puisant dans les céramiques turques et japonaises, qui contribue largement à la renommée actuelle de la manufacture Vieillard. Outre des décors particulièrement riches et souvent teintés d'humour, il met au point de nouvelles techniques, comme celle de l'émail en relief, visible sur le célèbre service aux Grands Oiseaux. Caranza quitte la manufacture en 1886, après huit années durant lesquelles il aura profondément renouvelé le répertoire décoratif de la maison, entre japonisme et orientalisme, pleinement en vogue à cette époque.
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À son apogée, vers 1878, Vieillard & Cie emploie environ 1 200 à 1 300 ouvriers et se hisse au troisième rang des manufactures françaises les plus réputées, derrière Sarreguemines et Creil & Montereau. Après le départ de Caranza, la manufacture ferme finalement ses portes en 1895, mettant fin à un demi-siècle d'une production aussi brève qu'exceptionnelle.
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