Publish on : 24/09/2026
Categories : Manufactures et designers

Gallia au coeur des évolutions stylistiques du début du siècle
À la fin du XIXe siècle, la maison Christofle produit une orfèvrerie plutôt classique, fidèle aux attentes d'une clientèle établie. Mais l'époque bouillonne de renouveau stylistique, et la maison ressent le besoin de se donner un espace d'expérimentation — un terrain où tester des formes et des styles plus audacieux sans rompre avec le goût de sa clientèle habituelle. C'est dans cet esprit qu'est fondée Gallia, dont la marque est déposée en 1888, sans que le lien avec Christofle ne soit jamais rendu officiel ou public. Techniquement, Gallia produit des pièces de fonte dans un alliage du même nom, composé à 95 % d'étain, de plomb et d'antimoine, ensuite argentées ou non.
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La maison ne se développe véritablement qu'au tout début du XXe siècle : premier catalogue connu en 1900, première publicité en 1901. Elle est rebaptisée Orfèvrerie Gallia vers 1904, un nom, à l’image de son poinçon en forme de coq, qui affirme volontairement l'origine française de la marque.
Gallia va ainsi servir de véritable laboratoire d'idées pour Christofle, en particulier pour les collections Art nouveau puis Art déco — et c'est précisément cette liberté qui va lui permettre de jouer un rôle essentiel dans l'essor de ces deux mouvements en orfèvrerie française. Libérée des contraintes qui pèsent sur la maison mère, Gallia peut se permettre une audace créative qui fait aujourd'hui toute la réputation de la manufacture, et s'entoure pour cela d'artistes d'avant-garde, sculpteurs et décorateurs, capables de renouveler en profondeur les formes de l'art de la table.
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Suite à « rachat » de Gallia dans l'entre-deux-guerres, Christofle revendique sa propriété exclusive dans le catalogue de 1923, la marque perd alors son autonomie pour devenir une collection dans le giron Christofle jusqu'en 1937.
Gallia et les artistes d’avant-garde
C'est justement en tant que laboratoire créatif que Gallia va attirer, ou permettre l'expression de, quelques-unes des plus grandes signatures des arts décoratifs français du XXe siècle. Trois d'entre elles méritent une attention particulière.
Édouard-Marcel Sandoz (1881-1971)
Sculpteur et peintre suisse, issu de la famille du groupe pharmaceutique Sandoz, Édouard-Marcel Sandoz s'impose comme l'un des grands animaliers de son temps, formé à Genève puis à l'École des beaux-arts de Paris. Il travaille la pierre, l'onyx, la porcelaine, le bronze et les métaux précieux, et collabore par ailleurs avec les manufactures Haviland, Sèvres et Langenthal. Pour Gallia, il conçoit une série de pièces figuratives emblématiques de l'Art déco — notamment des ensembles d'accessoires de table aujourd’hui très recherchés : porte-couteaux, salières et poivrières, saupoudreuses en forme d'animaux stylisés.
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Christian Fjerdingstad (1891-1968)
Christian Fjerdingstad est un orfèvre d’origine danoise. Il connaît son premier triomphe au Salon d'automne de 1921, la maison Christofle, l'engage peu après comme collaborateur artistique. À une époque où peu d'orfèvres travaillent l'étain au même titre que l'argent, il contribue à en faire un matériau noble, participant ainsi au renouveau de la profession. Ce sens du dépouillement et de la pureté des lignes, allié à cette veine naturaliste, fait de lui l'un des grands innovateurs de l'orfèvrerie du XXe siècle et l'un des fondateurs du style Art déco dans ce domaine.
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Louis Süe et André Mare
La rencontre entre Louis Süe (1875-1968), architecte-décorateur, et André Mare, peintre cubiste, donne naissance à une collaboration décisive. Les deux hommes réalisent ensemble en 1919 le décor des Fêtes de la Victoire à Paris, puis fondent en 1920 la Compagnie des arts français, dont les premières productions — meubles, papiers peints, tapisseries, mais aussi modèles d'orfèvrerie et de céramique — paraissent dès 1921 sous le titre Architectures. Le duo participe à l'Exposition internationale de 1925 et signe la décoration intérieure du paquebot Île-de-France la même année. Pour Gallia, Süe et Mare conçoivent des pièces inédites, imprégnées d’une esthétique à la fois géométrique et classicisante propre à leur production des années 1920-1930, comprenant notamment des services à thé et à café, Samovar, tasses et sous-tasses, et grandes coupes sur pied .
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