Plateau oval en cuivre incrusté, décor de pivoines, modèle attribué à attribué à Christopher Dresser pour Benham & Froud, 1882-1885   Théière en terre cuite partiellement émaillée attribuée à Christopher Dresser pour Watcombe Torquay, circa 1880

Théoricien de l’Aesthetic Movement

Né à Glasgow en 1834 dans une famille de la classe moyenne, Christopher Dresser, issue à la Government School of Design de Londres, où il suit l'enseignement d'Owen Jones, grand passionné d’art oriental, et de Gottfried Semper. Il mène en parallèle des études de botanique, devenant en 1855 professeur de botanique artistique. Cette formation scientifique va structurer toute sa pensée du design. 

 

En 1862, il publie son premier grand ouvrage, The Art of Decorative Design and Development of Ornamental Art. Le texte révèle une érudition impressionnante en histoire des arts décoratifs, notamment dans le domaine des ornements égyptiens, grecs, mauresques, orientaux. Il pose aussi une idée fondatrice : le décor ne doit pas copier la nature, mais en extraire les principes structurels (ordre, répétition, courbes, proportions) pour créer des formes cohérentes et fonctionnelles. Il approfondira cette théorie en 1873 dans Principles of Decorative Design, texte qui deviendra une référence pour le mouvement Arts and Crafts. 

Vase à décor japonisant et anse en forme de tête d'éléphant, Old Hall Earthenware Ltd, modèle attribué à Christopher Dresser, circa 1880 Portrait de Christopher Dresser Assiette en porcelaine à décor de grues et bambous, manufactre de Minton, modèle attribué à Christopher Dresser, circa 1880

 

 

La rencontre avec le Japon 

 

Cette rigueur, mêlée à une curiosité déjà tournée vers les arts non occidentaux, le prépare à l'événement qui va bouleverser sa carrière : sa rencontre avec le Japon. En 1876-1877, il passe environ quatre mois à sillonner l'archipel, à découvrir son architecture et son artisanat. Ce séjour est une révélation esthétique. Dresser est saisi par l'éclat des laques et des ors, la richesse chromatique des céramiques et textiles, et la précision des motifs traités avec une économie de moyens à l'opposé de la surcharge décorative victorienne. Il retient aussi la leçon de simplicité où l'objet trouve sa beauté dans sa fonction même. À son retour, il devient l'un des grands passeurs du japonisme en Occident, notamment via son ouvrage de 1882, Japan: Its Architecture, Art, and Art Manufactures.

Rare assiette en porcelaine à décor de plume de paon, Christopher Dresser pour Minton, 1876 Paire de vase bambou à glaçure bleue, manufacture de Minton, modèle de Christopher Dresser, fin XIXe siècle Assiette en porcelaine de la manufacture de Minton, modèle attribué à Christopher Dresser, fin XIXe siècle

 

 

Pionnier du design moderne

 

Dans la décennie qui suit, Dresser produit les pièces qui font aujourd’hui sa notoriété et lui vaut d'être considéré comme un pionnier du design industriel moderne. Il pousse la leçon japonaise vers une radicalité nouvelle : la forme réduite à l'essentiel.

 

Pour de grands industriels britanniques — Elkington, Hukin & Heath, Coalbrookdale, ou la manufacture Linthorpe Art Pottery qu'il contribue à fonder — il conçoit métal, verre et céramique d'une géométrie épurée : théières et services en métal argenté où bec, anse et corps deviennent de purs volumes presque abstraits. Ses théières en électroplate (1878-1880) sont aujourd'hui vues comme des icônes précurseures du design industriel, annonçant avec un demi-siècle d'avance l'esprit du Bauhaus.

Théière moderniste en métal argenté, Christopher Dresser, circa 1880 Porte-toast, métal argenté, Hukin & Heath,modèle de Christopher Dresser, circa 1881 Verseuse à décor japonisant "komai", modèle de Christopher Dresser